Avoir des yeux de lynx grâce à l'Antiquité

Le LATIN et les maths

Vous êtes un fan inconditionnel des maths ? Les maths sont votre bête noire ? S’il y a bien un domaine incompatible avec le latin, c’est évidemment le cours de maths, tout le monde sait que depuis l’Antiquité, on a bien évolué !

Eh bien, cette fois-ci je vais peut-être jeter un pavé dans la mare, mais celui qui a compris pourquoi on est éclaboussé avec ce pavé est précisément un des pères des mathématiques…

Bonjour à tous ! Je m’appelle Jean-Baptiste Deproost et je suis enseignant de langues anciennes depuis de nombreuses années et je partage sur cette chaîne toute une série de choses liées à la langue latine (parfois grecque) et à la culture de l’Antiquité. Si vous ne l’avez pas encore fait, pensez à vous abonner, ça fait toujours plaisir…

Vous avez trouvé le nom de ce mathématicien ? Eh oui, c’est Archimède qui a compris en rentrant dans son bain que la quantité d’eau qui sortait de la baignoire était équivalente à son volume qui rentrait dedans. Ça n’a l’air de rien, mais ça lui a fait crier « Eurêka ! » qui n’est jamais que l’indicatif parfait du verbe grec εὑρίσκω « trouver » : j’ai trouvé !

Pour commencer, le latin et le grec... …nous seront fort utiles pour comprendre le vocabulaire des mathématiques :

• un polygone [πολύς : nombreux / γωνία : angle], • un triangle équilatéral [aequus : égal / lateris : côté],

• une abscisse [(linea : ligne) abscisa : coupée] et d’ailleurs, vu qu’en latin on prononce toutes les lettres d’un mot, cela aide à l’écrire correctement, • un quadrilatère [quattuor / quatre / quadratum / carré],

• etc.

Dès le début, vous devez vous familiariser avec toute une série de mots nouveaux. Connaître leur étymologie aide donc à leur mémorisation et à leur compréhension, y compris celles de certaines propriétés caractéristiques, comme, par exemple, celles d’un « triangle isocèle » [ἲσος : égal / σκέλος : jambe] ou de « points équidistants », même racine que « équilatéral » dont je parlais tout de suite.

Ensuite, le latin et le grec, vont grandement nous aider dans l’apprentissage de la rigueur :

Ce n’est pas un secret : en math il faut être précis et rigoureux dans ses calculs et ses démonstrations. Il y a moyen de travailler sur cette précision, de la renforcer, de l’améliorer : faire du latin ou du grec. Ecoutez ce que Cédric Villani, médaille Fields en 2010, disait en expliquant l’intérêt d’un apprentissage du latin (la Médaille Fields, c’est quoi ? C’est la plus haute distinction dans le domaine de la recherche mathématique) :

« L’intérêt principal du latin réside dans la discipline qu’on doit activer, la gymnastique qui oblige à intégrer les ensembles de règles, de combinaisons, de configuration, qui sont un peu les mêmes que celles auxquelles on doit s’astreindre pour un raisonnement mathématique, ou informatique. »

Eclairant, non ? En faisant ce type de parallèle, il n’est donc guère étonnant de voir les plus grands mathématiciens se faire les ardents défenseurs des langues anciennes.

La rigueur du latin et du grec nous permet d’accéder à la démarche d’investigation et de démonstration qui est propre aux mathématiques :

C’est à ces qualités que pense Cédric Villani quand il fait le parallèle entre l’aptitude à la programmation et l’aptitude à la traduction ou encore Laurent Lafforgue, autre mathématicien à avoir reçu la médaille Fields (2002), quand il déclare :

« Le latin a servi, en particulier, à m’habituer un peu plus à travailler, à m’habituer à fixer mon attention, à m’habituer au fait que les choses ne tombent pas toutes seules ».

On peut se dire que ce genre d’aptitudes dépasse aussi largement le domaine des mathématiques, mais il y contribue fortement également. On peut aussi penser à Pascal, philosophe et mathématicien du XVIIème siècle, lorsqu’il jette les fondements d’une théorie mathématique des probabilités. Il a alors besoin d’une langue pour formaliser son raisonnement. S’arrêtant de s’expliquer en français, c’est vers le latin qu’il se tourne au moment d’aborder le noyau dur du raisonnement mathématique en déclarant : « Je vous le dirai en latin, car le français n’y vaut rien ».

Grâce à l’antiquité gréco-latine, nous découvrons enfin les penseurs grecs qui ont fondé les bases des mathématiques actuelles :

Faire du latin et du grec, c’est évidemment rencontrer Euclide, Thalès de Milet et Pythagore. Tous figurent en bonne place dans les programmes de mathématiques. Outre leur apport du point de vue scientifique, on doit encore souligner leur rôle dans la compréhension et l’appréciation de la beauté des objets mathématiques, des figures géométriques en particulier.

Chaque année, lorsque mes élèves abordent le fameux théorème de Pythagore en math, je leur explique les implications que cette théorie et ces calculs peuvent avoir, tant au niveau conceptuel qu’au niveau pratique :

Les Pythagoriciens étaient un groupe de réflexion philosophique et mathématique fondé par Pythagore. Mais ils étaient si fermés sur eux-mêmes qu’on n’hésiterait pas aujourd’hui à les qualifier de secte. Pythagore ne voulait pas divulguer sa découverte parce que, comme on n’y calcule pas avec des nombres entiers (les fameuses racines carrées !), cela impliquait qu’on puisse mesurer, calculer, penser quelque chose qui n’est pas réalisable physiquement. Quelle révolution mentale ! On est bien là devant les bases de l’abstraction. Et ça ne s’est pas fait tout seul, parce que celui qui a divulgué le secret de Pythagore a été assassiné vite fait. Certains profs de math expliquent ça à leurs élèves et c’est très bien, mais j’en rencontre encore trop qui ne le savent pas. Et pourtant je trouve ça fondamental de comprendre les implications de ce que l’on fait.

L’histoire de la pensée nous permet de penser juste.

Au niveau pratique, le jour où j’ai refait le faux-plafond de ma salle-à-manger, Pythagore est venu à mon secours. Voulant vérifier si le coin du plafond était bien à 90°, j’ai mesuré 3 dizaines de centimètres sur un mur, 4 dizaines sur l’autre et j’ai mesuré que la distance de l’hypoténuse était plus grande que 5 dizaines de centimètres, ce qui fait que ce n’était pas un angle droit, mais un angle obtus. Très très pratique pour ne pas devoir lever la plaque au plafond… pour la ramener au sol deux secondes après pour la découpe, surtout quand on fait ça tout seul ;-)

Les mathématiques ont une utilité pratique bien établie. Les ingénieurs de tous bords en savent quelque chose.

Les mathématiques ont aussi une capacité d’abstraction que les chercheurs et les élèves, chacun à leur niveau, connaissent bien.

Par leur réflexion, mais aussi par leur aspect historique qui s’étale sur des siècles et des siècles, le latin et le grec nous permettent de faire des ponts entre ces deux pôles mathématiques que sont la pratique et l’abstraction.

Par leur exigence de rigueur, par l’observation attentive des phrases qu’ils exigent et par l’aptitude à émettre des hypothèses pour résoudre les difficultés auxquelles on se heurte quand on essaie de traduire, le latin et le grec développent toutes les qualités indispensables à l’étude des mathématiques.

Il n’y a donc aucune opposition entre les maths et le latin, mais plutôt une belle complémentarité à exercer.

Alors dites-moi dans les commentaires si le fait de faire du latin en même temps que des maths est quelque chose qui vous parle. Quelle est votre expérience dans le domaine ? Si tu n’es pas encore à l’heure de faire ce choix-là, réfléchis-y ! La vie est tellement riche de sens, que ce serait dommage de passer à côté.

Merci d’avoir regardé cette vidéo ! N’oubliez pas de vous abonner pour ne pas rater les suivantes et partagez-la à quelqu’un qui hésite dans son choix entre les deux ou à quelqu’un qui a besoin d’éclaircissements sur la possibilité de liens qui existent entre les deux domaines.

A très bientôt à tout le monde !

Grâce à l'Antiquité, vous allez enfin pouvoir comprendre le monde !

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