« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. »
« Je sais que je ne sais rien. »
« L’homme est un animal politique. »
« La mort n’est rien. »
Vous avez déjà entendu ces phrases ? C’est assez philosophique, non ?
Eh bien, c’est précisément ce dont on va parler aujourd’hui, parce que la philosophie nous vient en droite ligne de l’Antiquité…
Bonjour à tous ! Je m’appelle Jean-Baptiste Deproost et je suis enseignant de langues anciennes depuis de nombreuses années et je partage sur cette chaîne toute une série de choses liées à la langue latine (parfois grecque) et à la culture antique. Si vous ne l’avez pas encore fait, pensez à vous abonner, ça fait toujours plaisir et on est parti pour une petite réflexion philosophique !
Avec le latin et le grec... …on apprend à se méfier des idées toutes faites :
Le sens même du mot philosophie signifie l’amour (φιλεῖν / philein : aimer) de la sagesse (σοφία / sophia). Attention, cela ne veut pas dire qu’on est sage ! Simplement qu’on a envie de la rechercher. C’est donc bien un chemin qu’on prend, dans une direction bien précise, et pour lequel on éprouve le plaisir de réfléchir et de penser.
Les cours de langues et la culture de l’Antiquité nous permettent de rencontrer progressivement soit des philosophes directement, notamment Platon qui le premier donne au mot φιλοσοφία / philosophia le sens qui est le sien, quand nous parlons de « philosophie », soit des récits philosophiques comme celui d’Ulysse revenant de la guerre de Troie : c’est quand il renonce à l’immortalité en quittant Calypso qu’Ulysse trace la voie pour les mortels que nous sommes, à savoir accepter que nous mourrons un jour.
Faire du latin et du grec,
…c’est aussi apprendre à élucider le langage :
Les textes que vous aborderez vous permettront de vous interroger sur des mots que vous entendez tous les jours :

Exercer une pensée libre exige que l’on se demande sans cesse ce que signifient les mots que l’on emploie. Que ce soit dans le domaine politique, médical, commercial, ou autre, comprendre correctement ce qui est dit est la clef du système.
Le fait que le latin et le grec nous conduisent à traduire des textes qui nous résistent constitue déjà un apprentissage de cet usage réfléchi de notre langue. Apprendre à traduire, sans souci de la communication immédiate comme avec une langue vivante, c’est apprendre à prendre du recul en levant l’incertitude des mots et du sens.
On peut alors comprendre réellement ce que sont, par exemple, un épicurien ou un stoïcien. Ces deux mots aujourd’hui sont souvent compris de travers : l’épicurien comme un grand profiteur de la vie (on voit parfois des enseignes de magasin qui s’appellent comme ça), le stoïque comme quelqu’un d’impassible. Or, s’il n’y a de fumée sans feu, c’est quand même assez réducteur. La lecture de Lucrèce, de Sénèque ou de Cicéron permet de bien recadrer le sens et de réfléchir du même coup sur l’orientation qu’on donne à sa vie, car il y a beaucoup à retirer pour nous-mêmes de toute cette sagesse antique.
Quand Héraclite dit qu’on ne se baigne jamais dans le même fleuve, quand Socrate, un des plus grands sages de l’Antiquité, affirme qu’il ne sait rien et que c’est ça la seule chose qu’il sait, quand Aristote explique que l’homme est un animal politique et quand Epicure professe que la mort n’est rien, ça peut interpeler.
Mais au-delà de la formule qui est évidemment bien choisie, il y a une réelle compréhension des mots à opérer :
- Si je vais me baigner dans un fleuve un matin et que j’y retourne le lendemain, ce n’est effectivement plus le même : l’eau a changé, il n’y a peut-être plus de poissons, des débris de tous ordres peuvent y être arrivés. C’est l’observation de cette réalité qui lui fait dire que « tout coule », dans notre monde tout passe.
- En jouant sur le verbe « savoir », Socrate fait comprendre à ses interlocuteurs que l’important n’est pas tant de détenir un avis, une certitude, une solution ou n’importe quoi d’autre, mais d’être toujours en recherche de son but, de ne jamais croire qu’on l’a vraiment atteint, tout simplement parce qu’on se rend bien compte que plus on avance, plus on mesure l’étendue de ce qu’on ne maîtrise pas.
- Qu’est-ce que ça veut dire un « animal politique » ? Cette expression d’Aristote combine merveilleusement bien l’étymologie latine et grecque : « animal » signifie littéralement « qui est animé » puisque ça vient de animus (l’esprit). Au sens étymologique, nous sommes donc bien des animaux ; « politique » signifie tout aussi littéralement « ce qui concerne la cité » (polis = la cité). Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que la police s’appelle comme ça : elle protège la cité. Nous sommes donc bien des êtres animés destinés à vivre en nous organisant, ce que matérialise bien l’organisation d’une ville.
- Pour Epicure, la vie n’est qu’un amas d’atomes qui s’agglutinent au hasard les uns des autres et la mort n’est donc rien d’autre que la désagrégation de ces atomes. Dès qu’on meurt, on ne ressent plus rien : pourquoi donc la craindre ? Pourquoi donc ne pas vivre pleinement sans aucune crainte ?
Vous voyez qu’avec ça, non seulement le champ de réflexion intellectuelle, mais aussi l’application dans sa propre vie de grands principes philosophiques sont des éléments hyper intéressants à mettre en oeuvre. Sans oublier que le latin et l’Antiquité nous ouvrent aussi sur toute la pensée chrétienne qui y prend sa source !
Bref, l’apprentissage d’une langue ancienne est déjà un exercice philosophique en soi, mais quand on voit tous les débouchés concrets de sa pensée, c’est encore mieux.
Alors, dites-moi dans les commentaires si tout ça vous parle. Est-ce que la philo, ça vous branche ? Ou pas ? Et ce qui m’intéresserait surtout, c’est de savoir si l’une d’entre vous s’appelle Sophie... ;-)
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